Pour calculer l’écart de revenus entre femmes et hommes, l’Insee et Eurostat utilisent le salaire horaire brut. Une technique qui permet de ne pas prendre en compte le versement de primes, les rémunérations variant en fonction des performances ou les versements saisonniers. L’OCDE, pour sa part, calcule la différence entre le salaire médian des hommes et des femmes. Dans tous les cas, ces méthodes lissent les résultats, car elles ne prennent pas en compte le niveau d’études, l’expérience sur le marché du travail ou le type d’emploi. Quel que soit le thermomètre que l’on utilise, les écarts demeurent importants.
Le collectif féministe Les Glorieuses* utilise chaque année les écarts de rémunération entre hommes et femmes publiés par Eurostat pour calculer la date à partir de laquelle, chaque année, les femmes françaises travaillent gratuitement. En 2021, c’est à partir du mercredi 3 novembre à 9 h 22, que les femmes françaises ont travaillé « gratuitement » : comme si, alors que les hommes continuaient à recevoir leurs salaires, elles n’étaient elles-mêmes plus payées durant les 16,5 % restants de l’année 2021.
Par exemple, la Ville de Fontenay emploie 303 femmes et 131 hommes, mais le salaire net mensuel moyen est de 1723 € pour les femmes et 1881 € pour les hommes.
La phrase célèbre « On ne naît pas femme, on le devient », de Simone de Beauvoir, souligne à quel point les habitudes culturelles, les propos « usuels », les codes de « bonne conduite », assignent filles et femmes à des stéréotypes. Minceur de mannequin, maternités, plafonds de verre. Et, pour faire bonne mesure, la réforme des lycées vient de nouveau de sortir les filles des enseignements de sciences « dures », notamment les maths***.
On sait faire lire aux filles des histoires de femmes célèbres, on sait moins proposer ces livres-là aux garçons, et on sait rarement mêler équitablement hommes et femmes célèbres. Comment s’en sortir? On devrait faire lire à toutes et tous, de tous âges, le savoureux livre de contes « Le Bel au Bois dormant » ; les princesses y sautent sur leur fidèle destrier pour sauver leurs princes endormis, les grandes méchantes louves portent des talons et les princes font des insomnies à cause d’un satané petit pois...
« Commençons par donner aux garçons la chance d’être féminins, et aux filles la chance d’être masculines. Laissons-leur cette liberté de trouver leur place malgré les injonctions de la langue. Transformons la langue. Transformons le monde. Proposons-leur de nouveaux récits. C’est exactement ce que ce recueil de contes, avec son simple algorithme, crée sous nos yeux enchantés. » Marie Darrieussecq
Une lecture à déguster toute l’année, et pas seulement le 8 mars!
Suzanne Bourdet Michel Faye
* https://lesglorieuses.fr/3novembre9h22-la-newsletter/ [1]
*** http://www.pourfontenay.fr/blog/reforme-2019-des-lycees-mathematiques-de... [3]
Image : Livre Le Bel au Bois dormant, de Karrie Fransman et Jonathan Plackett, éditions Stock
Liens
[1] https://lesglorieuses.fr/3novembre9h22-la-newsletter/
[2] https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2021/11/03/3novembre9h22-l-inegalite-salariale-entre-femmes-et-hommes-repart-a-la-hausse_6100822_4355770.html
[3] http://www.pourfontenay.fr/blog/reforme-2019-des-lycees-mathematiques-decapitees-et-des-inegalites-filles-garcons-accrues